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En 1333, le pape Jean XXII fit embastiller pour hérésie un dominicain qui avait frontalement réfuté son magistère pontifical public manifestement erroné sur la vision béatifique.

L’histoire des 6 sermons publics du pape Jean XXII est niée par la plupart des sédévacantistes parce qu’ils ont besoin de faire croire en l’infaillibilité permanente des papes - et notamment A. Abauzit- pour nier la légitimité des papes conciliaires qui eux aussi ont proclamé un magistère manifestement et publiquement hérétique.
Jean XXII soutenait l’erreur selon laquelle la vision béatifique ne serait possible qu’à la résurrection de la chair et a scandalisé toute l'Eglise catholique

I. Sermon de la Toussaint du pape Jean XXII donné en 1331 dans la cathédrale d’Avignon pour la Toussaint.
« sub altare »

Le pape Jean XXII interprète cet « autel » à partir de l'exégèse de saint Bernard comme désignant le Christ dans son humanité. Les âmes des saints sont donc dans un état de repos et de consolation, mais la vision de la divinité leur est encore différée jusqu'à la résurrection.
Un passage est particulièrement révélateur :
« Et ideo sub altare sunt, quia adhuc non habent illam mercedem quam habebunt post resurrectionem, quando dicetur eis: Venite, benedicti Patris mei, percipite regnum. »
Traduction :
« Et c'est pourquoi ils sont sous l'autel, parce qu'ils ne possèdent pas encore cette récompense qu'ils posséderont après la résurrection, lorsqu'il leur sera dit : “Venez, les bénis de mon Père, recevez le royaume.” »
Le pape Jean XXII distingue donc ici clairement l'état intermédiaire et la récompense finale.
Le point théologique essentiel est que la vision parfaite doit appartenir non pas à l'âme seule mais à l'homme tout entier :
« Anima separata imperfecta est respectu sui corporis. »
Traduction :
« L'âme séparée est imparfaite par rapport à son corps. »
C'est l'un des ressorts fondamentaux de son argumentation : la récompense parfaite doit correspondre à l'homme complet, c'est-à-dire à l'âme réunie au corps.

II. Sermon du IIIe dimanche de l'Avent le 15 décembre 1331 en la cathédrale d’Avignon
Le sermon commence par :
« Gaudete semper in Domino, iterum dico, gaudete. »
Traduction :
« Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous. »
Puis le pape Jean XXII introduit la question de la récompense eschatologique.
Le passage capital est celui-ci :
« Visio Dei est tota merces nostra. Tota visio, videlicet deitatis et divinae essentiae, quia illud est finis omnium desideriorum nostrorum et omnium actionum nostrarum, quia ultra nihil restat desiderabile. »
Traduction :
« La vision de Dieu est toute notre récompense. La vision totale, c'est-à-dire [la vision] de la divinité et de l'essence divine, car cela est la fin de tous nos désirs et de toutes nos actions, puisqu'au-delà il ne reste rien qui puisse être désiré. »
C'est probablement le passage le plus net du pape Jean XXII sur la nature de la vision béatifique.
Il ne parle donc pas simplement d'une « vision » au sens vague : il précise visio deitatis et divinae essentiae — la vision de la divinité et de l'essence divine.
Le pape Jean XXII affirme ensuite que cette récompense ne peut être donnée avant la résurrection générale.
Il utilise notamment l'argument de la récompense collective et du jugement dernier :
« Ista fuit sententia beati Bernardi […] scilicet quod animae sanctorum non recipient istam mercedem, scilicet visionem deitatis, quousque resurgant corpora sua. »
Traduction :
« Telle fut l'opinion du bienheureux Bernard […] : à savoir que les âmes des saints ne recevront pas cette récompense, c'est-à-dire la vision de la divinité, avant que leurs corps ne ressuscitent. »

III. Sermon de la vigile de l'Épiphanie le 5 janvier 1332
Le pape Jean XXII commence par répondre à ceux qui considèrent son enseignement comme une nouveauté.
Son raisonnement est notamment fondé sur le jugement dernier et sur la situation du diable :
« Si enim iam essent in igne aeterno, non modo non essent, sed nec possent nos temptare. »
Traduction :
« Car s'ils étaient déjà dans le feu éternel, non seulement ils ne seraient pas [dans notre monde], mais ils ne pourraient même pas nous tenter. »
L'argument est appliqué au diable et à ses anges : leur condamnation définitive appartient, selon le pape Jean XXII, au jugement dernier.
« Nec mali ante illud tempus ibunt in poenam aeternam, id est in infernum »
« Et les méchants n’iront pas avant ce moment-là au châtiment éternel, c’est-à-dire en enfer. »

· « Mali non punientur ante ultimum diem iudicii »
« Les méchants ne seront pas punis avant le dernier jour du Jugement. »

Il convoque notamment 1 Corinthiens 15,24, où le Christ remet le royaume au Père à la fin des temps. Le raisonnement est donc :
le royaume n'est pleinement remis au Père qu'à la fin ;
le jugement final appartient à cette consommation ;
la récompense parfaite des saints doit donc être reportée à ce moment.

IV. Sermon de la Purification — 2 février 1332
Le pape Jean XXII au sujet de ses contradicteurs qui tenaient la Vérité catholique.
Dans ce sermon Jean XXII assume encore explicitement sa position en février 1332
, avant les rétractations et précautions de la fin de son pontificat.
« Et si non inveniunt in suis scartapellis ea quae dicuntur, totum reputant blasphemum, et hoc est quod non student in originalibus sanctorum et in scriptura sacra. Ego enim intellexi sicut dico. »
On peut traduire :
« Et s’ils ne trouvent pas dans leurs petits cahiers ce qui est dit, ils le tiennent tout entier pour blasphématoire ; et c’est parce qu’ils n’étudient pas les écrits originaux des saints ni la Sainte Écriture. Moi, en effet, j’ai compris [la question] comme je le dis. »

V. Sermon de l'Annonciation — 1332/1333

Celui-ci est particulièrement intéressant parce que, conscient du scandale qu’il a provoqué dans toute l’Eglise, et notamment à la Cour du roi de France et à la Sorbonne, le pape Jean XXII commence à nuancer la portée de son affirmation.
Le passage le plus important est :
« Non enim dixi nec dico hoc aliquid determinando […] »
et surtout :
« Et ubi ostenderetur auctoritas scripturae vel determinatio ecclesiae contraria, libenter dicerem oppositum. »
Traduction :
« Car je n'ai pas dit et je ne dis pas cela en le déterminant [comme une pour une définition] […] Et s'il était démontré qu'une autorité de l'Écriture ou une détermination de l'Église est contraire [à cela], je dirais volontiers le contraire. »
Sur le fond, il répète néanmoins que les saints sont actuellement dans le repos et attendent la consommation finale :
« … sanctos […] nunc quiescere expectantes […] »
et que leur admission pleine à la vision de Dieu est liée à la résurrection et au jugement.

VI. Sermon de l'Ascension
Il faut éviter de présenter ce sixième texte comme un long sermon doctrinal : il ne nous est parvenu qu'à l'état fragmentaire. Mais des sources convergentes rapportent qu’il aurait enseigné publiquement que l'héritage complet appartient à l'homme entier après la résurrection

Ci-dessous 5 réactions de catholiques indignés par le magistère erroné public et manifeste durant son pontificat.

A) Jean d’Aragon, patriarche d’Alexandrie adresse au pape Jean XXII une lettre sur la vision béatifique. Dykmans les date après les deux premiers sermons de Jean XXII, et probablement assez tôt en 1332.
Dès le début, Jean d’Aragon prend très nettement le contre-pied du pape. Il écrit :
« Que les âmes des saints jouissent dès à présent de la Vision bienheureuse, c’est ce qui se prouve aisément par l’Écriture — il suffit de la bien lire —, et les grands docteurs Grégoire, Augustin et Jérôme, ou autres… »
La formulation est assez directe : Jean d’Aragon affirme que les âmes des saints jouissent déjà de la vision de Dieu, alors que Jean XXII soutenait qu'elles devraient attendre le Jugement dernier.
Encore plus intéressant, il reproche au pape de présenter une nouveauté théologique. À propos de la doctrine de Jean XXII, il conclut :
« Car en aucun je n’ai trouvé votre théorie. Je conclurai que c’est une nouveauté que vous apportez en théologie. »

B) Le 8 mars 1332, le roi Philippe VI de Valois est directement impliqué dans la controverse qui oppose une partie des théologiens à Jean XXII.
Préoccupé par les sermons du pape sur la vision béatifique, Philippe VI souhaite connaître la position des théologiens français. Il envoie à Avignon Mgr Pierre Roger, alors archevêque de Rouen et futur pape Clément VI, afin qu'il puisse intervenir auprès de Jean XXII. Mgr Roger arrive à Avignon à la fin du mois de février 1332 et prêche devant le pape le 8 mars.
Son intervention est importante parce qu'elle montre que la question dépasse désormais le cercle des théologiens et intéresse directement le pouvoir royal français.
Toutefois, Mgr Pierre Roger ne formule pas ce jour-là une condamnation explicite de Jean XXII et adopte une attitude relativement prudente.

C) Le 19 décembre 1333, le roi Philippe VI de Valois convoqua au Bois de Vincennes une grande assemblée réunissant de nombreux maîtres en théologie, ainsi que des évêques et des abbés. Cette réunion faisait suite à la consultation de dix maîtres en théologie et de plusieurs juristes, auxquels le roi avait demandé leur avis sur la doctrine de Jean XXII.
Ces théologiens déclarent au sujet de la doctrine publiquement et manifestement erronée du pape Jean XXII que ce serait « grant peril et mal fait de la souffrir, car ce estoit pure erreur et contre la foy ».
Les maîtres ainsi réunis à Vincennes affirmèrent que les âmes des saints voient immédiatement la face de Dieu et que cette vision ne disparaîtra pas au Jugement dernier, mais deviendra plus parfaite.
Par l’intervention de Philippe VI, la controverse dépassait ainsi le cadre de la Curie et des écoles théologiques pour devenir une question publique touchant directement aux rapports entre la monarchie française et la papauté.

D) À la fin de 1332, Robert d’Anjou, roi de Naples, compose le De visione beata pour réfuter la position défendue par Jean XXII sur le moment de la vision béatifique.
Début 1333, le roi Robert fait parvenir au pape les trois premiers chapitres de son traité.
Dans le chapitre I, Robert développe des rationes convenientiae pour démontrer que les âmes bienheureuses peuvent entrer dans la vision de Dieu avant le Jugement dernier.
Dans le chapitre II, Robert appuie sa démonstration sur neuf textes de saint Thomas d’Aquin, afin de montrer que la vision immédiate est conforme à l'enseignement théologique antérieur. Dans le chapitre III, Robert rassemble 73 interprétations patristiques de l’Écriture, puis ajoute comme 74ᵉ argument la bulle de canonisation de saint Louis de Toulouse (1317), qu’il utilise pour étayer l’idée que les saints contemplent déjà Dieu au ciel.

E) Thomas Waleys est un théologien dominicain anglais, maître en théologie à l’université d’Oxford. Il est surtout connu pour son intervention dans la controverse autour des sermons de Jean XXII sur la vision béatifique.
En 1333, Thomas Waleys se trouve à Avignon comme chapelain du cardinal dominicain Matteo Orsini. Le 3 janvier 1333, il prononce dans l’église dominicaine d’Avignon un sermon dans lequel il réfute le Magistère enseigné par Jean XXII dans la cathédrale d'Avignon.
Son sermon est suffisamment frontal pour provoquer une réaction de la curie pontificale : il est accusé d’hérésie le 9 janvier 1333, puis emprisonné. Vers le 22 octobre 1333 : il est transféré dans la prison du palais pontifical.
Le 28 février 1333, l’affaire de Thomas Waleys prit une dimension politique lorsque Jean XXII répondit à Philippe VI de France au sujet du procès du dominicain. Le pape justifia alors devant le roi la procédure engagée contre Waleys, preuve que son emprisonnement et son procès étaient connus au plus haut niveau de la monarchie française et de la Curie. Cette intervention montre que l'affaire Waleys dépassait désormais le cadre d'un simple conflit entre théologiens : elle mettait directement en relation le roi de France et le pape.
Il restera emprisonné pendant 17 mois, malgré les interventions du roi en sa faveur, Jean XXII finit ensuite par évoluer lui-même sur la question doctrinale et l’aurait libéré le 14 août 1334, quelques mois avant sa mort. La doctrine que Waleys défendait contre Jean XXII fut officiellement rappelée et définie ex cathedra sous Benoît XII deux ans après la mort de Jean XXII

@cristiada.cristeros
@Paul1977
@Sainte Pétronille
@Martin Janelle
@Hélène33
@Laurier
@Philothée Philothée
@Panetier

Sous Jean XXII, Waleys fut poursuivi injustement pour avoir défendu la Vérité catholique sur la vision béatifique. Comme pour Sainte Jeanne d’Arc, l’autorité ecclésiastique peut, dans une controverse particulière, censurer ce qui est conforme à la Vérité.
Mais cette prudence historique ne saurait être transformée en licence pour les hérétiques sédévacantistes pour nier les vérités solennellement enseignées par l’Église.
Pastor aeternus, promulgué le 18 juillet 1870, enseigne que le primat confié par le Christ à Pierre « doit de nécessité demeurer pour toujours dans l’Église » et que Pierre « vit et préside » dans ses successeurs, les évêques de Rome.
Cette constitution dogmatique prononce explicitement l’anathème contre celui qui nierait que Pierre possède, par institution divine, des successeurs perpétuels dans son primat, ou que le Pontife romain soit son successeur.
Dès lors, si le sédévacantisme affirme objectivement qu’il n’existe plus de véritable successeur de Pierre depuis plusieurs décennies, sa proposition est matériellement hérétique au regard de la définition de Pastor aeternus, puisqu’elle contredit directement ce que le Concile déclare devoir demeurer perpétuellement.
La comparaison avec Waleys devient alors particulièrement frappante : Waleys contestait une expression du magistère pontifical notoirement erronée ; le sédévacantisme conteste lui une Vérité de Foi suivant laquelle l’institution même du successeur de Pierre aurait cessé de fonctionner pendant des décennies.
Ainsi, on peut qualifier théologiquement la proposition sédévacantiste d’objectivement contraire au dogme de Pastor aeternus sans prétendre connaître l’état de conscience, la bonne foi et l’hérésie subjective de chaque sédévacantiste.
Si Waleys fut injustement incarcéré parce qu’il défendait la Vérité contre le magistère pontifical, cette injustice est d’autant plus grande que Rome laisse aujourd’hui les sédévacantistes libres de circuler, libres de légitimer la négation d’un dogme que Vatican I a précisément défini au lieu de prononcer leur juste condamnation pour hérésie.
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Voici un des passages de l'histoire de France que les SEDEVACANTISTES sont obligés de NIER pour diffuser leurs sornettes sur l'infaillibilité permanente des papes et déclarer une "vacance" en rupture frontale avec le dogme de Pastor Aeternus suivant lequel Saint Pierre aura perpétuellement des successeurs.

1488
steack

Et tous les opposants à ce pape ont continué de prier pour lui et pour l'Eglise au canon de la messe : " Una cum Ioanne...."

steack

Et tous les opposants à ce pape ont continué de prier pour lui au canon de la messe ainsi que pour l'Eglise : " Una cum..."

1 autre commentaire de steack
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Et pourtant Jean XXII est resté pape jusqu'à sa mort...comme Honorius...

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comme Honorius
Chronologie 631-638
631 — Le contexte immédiat
Situation politique

L'empereur est Héraclius (610-641).
Les principaux patriarches sont :
Sergius Ier : Constantinople, 610-638 ;
Cyrus : Alexandrie, à partir de 631 ;
Modeste : Jérusalem, jusqu'à sa mort ;
Honorius Ier : pape de Rome, 625-638.
Héraclius cherche depuis plusieurs années une formule christologique œcuménique permettant de rapprocher les chrétiens chalcédoniens et les opposants à Chalcédoine, dans un Empire affaibli par les guerres contre les Perses.
Le problème porte alors surtout sur l'énergie/opération du Christ, pas encore sur la « volonté unique ».
Cyrus arrive à Alexandrie
En 631, Cyrus devient patriarche d'Alexandrie avec le soutien d'Héraclius.
Il développe une formule d'union avec les Égyptiens anti-chalcédoniens. En 633, cette politique débouchera sur la fameuse Formule d'Union.
L’unique et même Christ et Fils opère les actions divines et les actions humaines par une seule énergie théandrique. »
C'est cette politique qui va provoquer l'intervention de Sophrone.
632 — Les premières démarches de Sophrone
Saint Sophrone de Jérusalem est encore un moine, probablement dans le milieu monastique palestinien.
Il entretient cependant déjà des relations avec Arkadios de Chypre.
Une source syriaque conservant des informations sur sa correspondance situe une lettre de Saint Sophrone de Jérusalem à Arkadios entre l'été/automne 631 et 634. Saint Sophrone de Jérusalem y demande notamment qu'une réunion d'évêques soit organisée afin d'examiner la controverse. Arkadios transmet ensuite cette demande aux principaux patriarches.
C'est important : avant même son accession au patriarcat, Saint Sophrone de Jérusalem cherche déjà à internationaliser la discussion.
Il demande qu'on fasse appel notamment à :
Cyrus d'Alexandrie ;
Sergius de Constantinople ;
Honorius de Rome.
Son idée est donc déjà de réunir les grandes autorités ecclésiastiques plutôt que de laisser la question se décider dans un cercle restreint autour d'Héraclius.
633 — L'année décisive
C'est véritablement ici que la crise commence.
Cyrus négocie avec les représentants des chrétiens anti-chalcédoniens d'Égypte.
Il propose une formule de réconciliation qui comporte notamment l'affirmation que le Christ accomplit l'œuvre divine et humaine par une seule opération.
La Formule d'Union de 633 parle explicitement d'une unique opération théandrique (mia theandrike energeia).
Pour Cyrus, cette formule permet de maintenir simultanément :
l'unité de la personne du Christ ;
ses deux natures ;
et l'unité de son action.
Pour Sophrone, c'est précisément là que se trouve le problème.
633 : Saint Sophrone de Jérusalem arrive à Alexandrie
Saint Sophrone de Jérusalem se rend à Alexandrie.
Il tente personnellement de convaincre Cyrus d'abandonner la formule de l'« une opération ».
Il échoue.
C'est un événement capital : Saint Sophrone de Jérusalem n'est pas encore patriarche, mais il intervient directement devant Cyrus.
Il poursuit ensuite son voyage jusqu'à Constantinople, où il cherche à discuter avec Sergius. Les sources indiquent qu'il se rend dans les deux grands centres précisément pour contester la doctrine émergente
633 : Sergius entre en scène
Sergius comprend que l'opposition de Saint Sophrone de Jérusalem peut faire échouer tout le compromis œcuménique.
Il cherche donc à consolider la formule de Cyrus.
C'est probablement à ce moment que commence la correspondance décisive entre Sergius et Sophrone, puis entre Sergius et Honorius.
La stratégie de Sergius consiste progressivement à déplacer la discussion :
« Une opération ou deux ? »
vers :
« Peut-on même parler de deux opérations sans suggérer deux sujets agissant dans le Christ ? »
Ce déplacement va être extrêmement important.
début 634 — Saint Sophrone de Jérusalem devient patriarche de Jérusalem
La date exacte de son élection est discutée, mais 634 est la date généralement retenue pour son accession au patriarcat. Une étude moderne décrit précisément sa lettre synodale comme celle du « nouveau patriarche de Jérusalem en 634 »
Il dispose désormais d'une autorité considérablement supérieure.
Et il transforme son opposition personnelle en position officielle de l'Église de Jérusalem.
634 — La lettre synodale de Sophrone
C'est probablement le document le plus important de toute cette première phase.
Saint Sophrone de Jérusalem rédige son Epistola synodica, sa lettre synodale.
Il y expose systématiquement sa christologie et défend :
les deux natures du Christ ;
leurs propriétés distinctes ;
leurs opérations naturelles ;
et, derrière cette question, la nécessité de reconnaître pleinement l'humanité du Christ.
Il constitue parallèlement un énorme dossier patristique : environ 600 témoignages des Pères destinés à démontrer que la doctrine des deux opérations correspond à la tradition antérieure.
La lettre est destinée notamment aux grands sièges ecclésiastiques.
Et Saint Sophrone de Jérusalem demande même à Honorius de Rome de corriger ce qui, dans son exposé, pourrait être incorrect
C'est extraordinaire rétrospectivement :
Saint Sophrone de Jérusalem fait appel au pape précisément au moment où Sergius cherche lui aussi à obtenir l'appui du pape.
634 — Le synode de Chypre

C'est l'un des épisodes les plus importants.
À la demande de Sophrone, Arkadios II de Chypre convoque un synode.
La date précise à l'intérieur de 634 n'est pas solidement établie.
La réunion rassemble environ 46 dignitaires selon la tradition conservée par la vie syriaque de Maxime.
On trouve :
des représentants de Sergius ;
des représentants de Cyrus ;
des représentants de Rome ;
des représentants de Jérusalem ;
des évêques palestiniens ;
des représentants liés à Maxime.
Saint Sophrone de Jérusalem et Maxime n'y apparaissent donc pas simplement comme deux individus isolés : ils ont chacun une représentation organisée.
La délégation palestinienne comprend notamment :
Georges de Reshaina ;
plusieurs disciples ;
huit évêques palestiniens, selon les récits conservés.
Délégation de Maxime
Maxime est représenté notamment par :
Anastase l'Apocrisiaire, son disciple.
.
634 — L'échec du synode de Chypre
Le débat tourne autour de l'« opération » du Christ.
Les opposants au monoénergisme arrivent à une formulation commune.
Mais Arkadios refuse cette formulation et la considère comme hérétique.
Cyrus intervient alors pour mettre fin au débat.
Il demande que Saint Sophrone de Jérusalem présente directement son affaire à l'empereur Héraclius.
C'est un échec pour Sophrone.
Mais paradoxalement, le synode a produit quelque chose d'essentiel : le conflit est désormais officiellement porté devant l'empereur.
La question n'est plus une dispute entre quelques théologiens.
Elle est devenue une question impériale.
634 — Sergius écrit à Honorius
C'est ici que l'affaire Honorius commence réellement.
Sergius écrit au pape Honorius Ier.
Il lui présente la situation en lui expliquant notamment que parler de deux opérations risque de créer une division dans le Christ.
Il propose de ne parler ni d'une ni de deux opérations.
Honorius répond en 634 dans sa première lettre, la Scripta fraternitatis tuae.
634 — La première lettre d'Honorius
Par souci œcuménique Honorius cherche à faire cesser la controverse.
Il écrit en substance qu'il faut éviter les termes nouveaux « une ou deux opérations ».
Puis vient la formule qui deviendra célèbre :
« Nous confessons une SEULE volonté de Notre Seigneur Jésus-Christ. »
C'est cette phrase qui sera utilisée contre lui en 681 par le 6eme concile dogmatique t qui lui vaudra l’anathème
634 — La deuxième lettre d'Honorius
Honorius écrit également une seconde lettre à Sergius, commençant par Scripta dilectissimi filii nostri Syrici diaconi.
Elle traite notamment de la question des opérations et réaffirme la nécessité d'éviter les formulations « une ou deux opérations ». Les deux lettres seront lues ensemble au IIIᵉ concile de Constantinople.
Pourquoi c'est catastrophique pour le camp de la Vérité ?
Parce que Sergius peut désormais présenter une position qui ressemble à :
« Nous ne parlons pas d'une ou de deux opérations ; et le pape lui-même confesse une seule volonté. »
Le camp de Saint Sophrone de Jérusalem vient donc de perdre un soutien potentiellement décisif.
634-635 — Saint Sophrone de Jérusalemrépond
Saint Sophrone de Jérusalem poursuit son travail.
Il développe sa lettre synodale et son florilège patristique.
Il ne veut pas seulement dire :
« Je suis contre Sergius. »
Il veut établir :
« La tradition des Pères enseigne réellement les propriétés distinctes des deux natures du Christ. »
Son dossier cite notamment Léon de Rome, Chalcédoine et de nombreux Pères.
635-636 — Le déplacement du débat : de l'énergie à la volonté
C'est ici que nous passons progressivement du monoénergisme au monothélisme.
Le raisonnement des adversaires de Saint Sophrone de Jérusalem est désormais que deux volontés pourraient entrer en opposition ;
or le Christ ne peut pas avoir une volonté humaine opposée à la volonté divine.
Donc il faut parler d'une seule volonté.
Saint Sophrone de Jérusalemet ses alliés répondent que deux volontés naturelles ne signifient pas deux personnes ni deux volontés contradictoires.
La volonté humaine du Christ est parfaitement soumise à la volonté divine, mais elle demeure réellement humaine.
C'est cette distinction qui deviendra la doctrine dyothélite classique.
636 — Sergius prépare la nouvelle formule
Sergius travaille désormais à une formulation plus précise.
La stratégie consiste à abandonner progressivement l'expression « une opération », devenue trop compromettante, tout en conservant le fond : une seule volonté.
637 — La position de Saint Sophrone de Jérusaleme st désormais isolée
Politiquement, la situation est claire.
Le camp de Sergius dispose :
de Constantinople ;
de Cyrus à Alexandrie ;
de l'appui d'une partie de l'épiscopat ;
de l'empereur Héraclius.
Saint Sophrone de Jérusalemdispose :
de Jérusalem ;
d'un réseau monastique ;
de Maxime et de ses collaborateurs ;
de plusieurs évêques palestiniens ;
de son énorme dossier patristique.
Et surtout, il tente toujours de convaincre Rome.
638 — L'année dramatique
Tout se précipite.
Début 638 : Sergius et Héraclius
Sergius est maintenant décidé à donner une forme officielle au compromis oecumnique
Le texte prend la forme de l'Ecthèse (Ekthesis, « Exposé »).
Il affirme notamment :
deux natures dans le Christ ;
une seule personne ;
une seule volonté ;
interdiction de discuter publiquement de « une ou deux opérations ».
638 — Mort de Sophrone
Saint Sophrone de Jérusalem meurt en 638, avant de voir la résolution de la crise.
Son héritage est toutefois considérable : sa lettre synodale sera conservée et, quarante ans plus tard, le IIIᵉ concile de Constantinople la déclarera explicitement orthodoxe
638 — Publication de l'Ecthèse
L'Ecthèse est finalement promulguée à Constantinople à la fin de 638, sous Héraclius.
Une tradition la situe sur les murs de Sainte-Sophie à l'automne 638 ; la chronologie exacte de sa promulgation et de son affichage doit toutefois être maniée avec prudence. Elle reçoit l'appui de Sergius.
Et le texte prévoit des sanctions contre ceux qui recommenceraient à enseigner publiquement « une » ou « deux » opérations.
On est donc passé de :
633 : débat théologique
à :
634 : crise inter-patriarcale
à :
638 : doctrine impériale.
Le pape Honorius meurt le 12 octobre 638.
Il a donc :
reçu la lettre de Sergius ;
répondu en 634 ;
écrit qu'il fallait éviter « une ou deux opérations » ;
employé l'expression « une seule volonté » ;
mais n'a jamais vu l'Ecthèse officiellement promulguée après sa mort.
· Sergius meurt le 9 décembre 638.

steack

comme Eugene IV
Pie XII fit l’éloge du théologien qui a réfuté publiquement la théologie sacramentelle complètement fausse d’Eugene IV
Dans son décret pour les Arméniens (Exsultate Deo, 22 novembre 1439) qui relève principalement de la foi et de la doctrine sacramentelle Eugene IV enseigne l’erreur suivante :
« Sextum sacramentum est ordinis, cujus materia est illud, per cujus traditionem confertur ordo; sicut presbyteratus traditur per calicis cum vino et patenæ cum pane porrectionem. Diaconatus vero per libri Evangeliorum dationem. Subdiaconatus vero per calicis vacui cum patena vacua superposita traditionem; et similiter de aliis per rerum ad ministeria sua pertinentium assignationem. »
« Le sixième sacrement est celui de l’Ordre, dont la matière est ce par la remise duquel l’Ordre est conféré ; ainsi, le presbytérat est conféré par la remise du calice avec le vin et de la patène avec le pain. Le diaconat, en revanche, l’est par la remise du livre des Évangiles. Le sous-diaconat, en revanche, l’est par la remise du calice vide, avec la patène vide placée par-dessus ; et il en va de même pour les autres ordres, par la remise des objets qui se rapportent à leurs ministères. »

Le magistère d’Eugene IV est ensuite réfuté publiquement par le cardinal Willem Marinus van Rossum (1854–1932), théologien néerlandais et religieux rédemptoriste. Il a notamment enseigné la théologie dogmatique et l’histoire des dogmes d’être créé cardinal en 1911 par Saint Pie X
En 1914, il devient président de la Commission biblique pontificale.
De 1918 à 1932, il est préfet de la Congrégation de la Propagation de la Foi (Propaganda Fide), l'un des postes les plus importants de la Curie.
Dans son ouvrage De essentia sacramenti Ordinis (Fribourg-en-Brisgau 1914) on peut lire :
« Eugène IV a donc enseigné que l’unique matière constituant l’essence du rite de l’ordination était la porrection des instruments, et l’unique forme, la formule Accipe potestatem.
« Si ea doctrina (supposita definita) viguit deinceps in Ecclesia, nec aliam repereris definitionem, affirmare poteris illam fuisse definitionem fidei. Si contrario alia quoque doctrina opposita perseveraverit, ipsa sciente et permittente, multo magis si probante Romana Sede, affirmare tibi licebit, illam non fuisse definitionem fidei. »
« Si cette doctrine (supposée définie) a ensuite prévalu dans l’Église, et si tu ne trouves aucune autre définition, tu pourras affirmer qu’elle a été une définition de foi. Si, au contraire, une autre doctrine opposée a également persisté, l’Église elle-même le sachant et le permettant, à plus forte raison si le Siège romain l’approuvait, il te sera permis d’affirmer que cette doctrine n’a pas été une définition de foi. »

Pie XII lui apporta son soutient définitif dans sa constitution apostolique Sacramentum Ordinis sur le sacrement de l'ordre le 30 novembre en 1947
En ce qui concerne la matière et la forme dans la collation de chacun de ces Ordres, Nous décidons et décrétons, en vertu de Notre suprême Autorité apostolique, ce qui suit : pour l’ordination au diaconat, …Dans l’Ordination sacerdotale, la matière est la première imposition des mains de l’évêque, celle qui se fait en silence, et non pas la continuation de cette même imposition qui se fait en étendant la main droite, ni la dernière imposition accompagnée de ces paroles : « Accipe Spiritum Sanctum : quorum remiseris peccata, etc. »
Et, en note de la Constitution de Pie XII, on peut lire son éloge publique du théologien qui a réfuté publiquement la doctrine erronée de son prédécesseur :
« D’après le cardinal Van Rossum, dont l’ouvrage De essentia sacramenti Ordinis (Fribourg-en-Brisgau 1914), est fondamental en la matière, le décret serait doctrinal, mais pas définitif, ex cathedra, infaillible. Il en voit la preuve dans le fait que l’Église n’est jamais intervenue contre des opinions différentes. (Voir Dict. de théol. cath., art. « Ordre », surtout col. 1315 et suiv.).